L’allaitement maternel à domicile, ses difficultés et le rôle du pédiatre

Dépistage des vraies candidates à l’allaitement maternel

L’alimentation au sein demande effectivement une grande disponibilité. Avant que d’encourager à l’allaitement et de prodiguer des conseils quant à la préparation des mamelons, le gynécologue devrait rechercher les éléments de bon pronostic, tels le fait pour la maman d’avoir reçu elle-même le sein , son désir viscéral de le donner et la possibilité matérielle de pouvoir le faire plusieurs semaines.
Dès avant la naissance, le pédiatre devrait être informé du mode d’alimentation choisi, autrement que par une rubrique cochée sur la feuille de liaison. Comme son rôle est de favoriser une relation de confiance entre la mère et son bébé et de tout mettre en oeuvre pour y parvenir, il pourrait être amené à recommander, d’emblée, l’alimentation artificielle.
De plus, pendant le séjour à la maternité, il lui faudra être attentif à un certain nombre d’attitudes de la mère face, par exemple, à la montée laiteuse, à la gloutonnerie qui caractérise les soirées du 3e au 6e jour, à l’irritabilité des mamelons, à la durée des repas et à leur fréquence, ou à l’alimentation à la demande.
Faute d’une telle attention, l’allaitement maternel sera plus d’une fois voué à un échec rapide. Parfois, cela ressemble à un véritable avortement au bout de quelques jours d’essais peu enthousiastes et infructueux. Même en cas d’interruption précoce, la situation n’est jamais vécue sans quelque amertume et ressentiment à l’égard de l’entourage tant médical que non médical, comme le démontre cet interview récent, si exemplaire que j’ai choisi de le transcrire in extenso.
Le 4e jour de maternité: « Docteur, je ne donne plus le sein; vous allez être déçu, mais ça n’allait pas… Depuis le début, je ne trouvais pas la position. Elle prenait peu. Elle finissait même par détourner la tête. Je sentais que ça m’ennuyait, elle aussi. Comme le contact ne se faisait pas, j’ai préféré ne pas insister. On a commencé les biberons hier matin. Depuis qu’elle les prend, elle est aux anges. Maintenant, ça va beaucoup mieux. Au départ, je voulais donner le biberon. Le gynécologue, les amis, tout le monde m’avait convaincue que c’était mieux le sein, qu’elle n’allait pas bien grandir au biberon. J’avais lu « D’amour et de lait » et j’avais fini par me culpabiliser; je voulais faire plaisir à tout le monde… Finalement, c’est moi qui suis vue! »
En fait, aux premières places parmi les causes d’échec de l’allaitement maternel, se trouve l’inadéquation des conseils du corps médical. Un tel échec n’est jamais sans laisser quelque blessure narcissique au fond d’une mère et n’est guère bénéfique au couple mère-enfant. Le rôle du gynécologue et du pédiatre est de dépister les vraies candidates à l’allaitement maternel et de leur donner, à tout instant, les conseils les plus idoines; il n’est donc pas de trouver les moyens d’amener sur la ligne de départ de ce mode d’alimentation, un nombre de femmes sans cesse plus grand mais bien de mettre en oeuvre tous les moyens qui vont conduire à bon terme celles qui s’y sont fondamentalement engagées. Dans un pays donné, le comportement maternel est le reflet d’une certaine conception de la société; le choix du type d’alimentation pour le nouveau-né fait partie intégrante de ce comportement. Pour augmenter le pourcentage des femmes qui allaitent, il faudrait pouvoir influer sur leur environnement socio-culturel, il faudrait pouvoir « agir sur les mentalités ».

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