L’allaitement maternel à domicile, ses difficultés et le rôle du pédiatre

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L’allaitement maternel, un engagement total

Lorsque l’on parle de l’enfant et de sa personnalité en devenir, on dit souvent et à juste titre que tout se joue avant l’âge de quatre ans. En ce qui concerne l’allaitement maternel, tout se joue avant la naissance de l’enfant, tout commence peut-être déjà à se jouer à la naissance de celle qui sera la maman de cet enfant!
Il y aurait donc aussi peu de mérite à donner le sein qu’il n’y a de mauvaise volonté à ne pas le donner. « Vouloir c’est pouvoir » ne s’applique pas à l’allaitement maternel.

Il y a 30 ans, il n’était plus « à la mode » de nourrir soi-même son enfant. Pour bien des femmes, l’objectif premier était devenu de rivaliser avec l’homme sur le plan professionnel. Dès lors, puisque la grossesse constituait déjà un frein dans leur ascension, le congé de maternité se devait d’être le plus court possible. Pas question d’envisager un allaitement prolongé ni même, dans certains cas, de l’entreprendre .
Parallèlement, l’industrie alimentaire s’affirmait capable de fabriquer des laits dont la composition approchait les qualités du lait maternel. Et les pédiatres, souvent, de renchérir. Des articles parus dans des revues médicales de renom allaient jusqu’à préférer les avantages biologiques des poudres dérivées du lait de vache.
Pour déculpabiliser définitivement les mères qui auraient eu quelque hésitation, on affirmait qu’un biberon bien donné valait mieux qu’un sein donné avec réticence. Seul ce dernier argument avait quelque valeur.

Ces dernières années, les progrès de la biochimie ont permis d’établir d’une part, l’importance du fossé – qui est loin de se voir combler – entre la composition du lait maternel et celle des laits artificiels, et , d’autre part, une corrélation de plus en plus objective entre diverses manifestations de type allergique et l’absorption des protéines du lait de vache.
Depuis 10 ans, revirement dialectique. « Il faut nourrir au sein et ce, le plus longtemps possible… »
Cela va de pair avec la crise socio-économique qui sévit en Europe et l’élévation simultanée du chômage. On note aussi une certaine désaffection du public à l’égard de la médecine dite traditionnelle et une recrudescence des mouvements favorables à des valeurs et des comportements proches de la nature. Actuellement, un nombre de plus en plus important de médecins préconise l’allaitement maternel et ce, parfois, jusqu’en dépit du bon sens. « Votre enfant n’est pas un veau » disent-ils souvent; cette formule sentencieuse est ridicule.

Or, donner le sein implique un engagement total de la mère. Le choix de ce mode d’alimentation ne peut résulter d’une réflexion et d’un vote à la majorité simple d’arguments le plus souvent glanés dans la rumeur publique (pour: « On lui donne des anticorps, le contact est meilleur,… » ou contre: « Ça abîme les seins, c’est un esclavage,… »).
A la question « Quel type d’alimentation avez-vous choisi pour votre bébé? », « Le sein, Docteur! » est la réponse idéale qui , à l’exclusion de tout débat préalable, devrait fuser .
Il y a quelques années, en Belgique, des études dans le cadre de la prévention routière avaient révélé que les automobilistes rebelles à la ceinture de sécurité, l’étaient pour des raisons surtout émotionnelles. Une campagne de publicité a donc été entreprise afin de sensibiliser cette tranche d’irréductibles et de les persuader par des arguments de choc: affiches représentant, par exemple, un enfant tenant la main d’une dame en deuil, ou encore, un visage terrorisé passant au travers d’un pare-brise.
En ce qui concerne l’allaitement maternel, adopter ce système de propagande adressé à l’inconscient me semble déplacé car, si le port de la ceinture constitue non seulement une nécessité, il résulte en plus d’une obligation légale. L’allaitement au sein est, tout au contraire, une affaire entre la mère et l’enfant et ne souffre aucune ingérence extérieure.
L’argument: « Le lait maternel est meilleur » est aussi stupide que l’était anciennement: « Le lait de vache est presque aussi bon ».
Bien sûr, le lait maternel est le seul aliment tout à fait adapté au bébé mais il ne faut pas oublier que si la préparation d’un biberon ne réclame que le mélange d’eau et de poudre en proportions adéquates, le repas au sein, en revanche, demande non seulement le bon fonctionnement de la glande mammaire mais engage aussi toute l’affectivité de la maman et tout son vécu dont personne, même pas elle-même, n’est maître .
La question n’est donc plus de savoir si le lait maternel est meilleur ou non, elle est de déterminer quelle va être la solution optimale pour chaque maman. La tendance actuelle de vouloir mettre bébé au sein même si la mère n’en manifeste aucune envie, est à proscrire. « L’essentiel n’est pas de gagner mais de participer »: cet aphorisme valable pour une épreuve olympique ne s’applique pas à l’allaitement maternel.

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