Dr André Wynen

Texte publié le 13/06/2014 sur lejournaldumedecin.com

 

Le 10 juin 2007, le Dr André Wynen nous quittait.

Cette année 2014 est une année exceptionnelle en commémorations. Il y a cent ans commençait la première guerre mondiale (mon père y participa sur le front russe). Ce 6 juin, jour du septantième anniversaire du débarquement des troupes alliées en Normandie, eurent lieu d’émouvantes cérémonies.

Au cours des deux guerres mondiales, la Belgique eut ses héros. Citons les infirmières Edith Cavell, fusillée à Bruxelles en octobre 1915, et Marie Depage, l’épouse du Dr Antoine Depage, victime du naufrage du Lusitania torpillé en mai 1915. Ces deux personnalités ont mérité l’admiration et la reconnaissance de notre pays. Une clinique privée à Uccle – j’y ai exercé plus de trente ans – porte le nom de la première. Au croisement de deux rues qui longent la clinique et qui ont reçu le nom de chacune d’elles se trouve un monument à leur mémoire.

André Wynen à son entrée à Buchenwald

André Wynen à son entrée à Buchenwald

N’oublions pas le Dr Wynen, décédé le 10 juin 2007. En 1942, il était étudiant en médecine à l’ULB. L’université ayant été fermée par l’occupant, il entra dans la clandestinité et de là dans la résistance. Il s’intégra dans une cellule de « partisans armés » qui s’occupait essentiellement de sabotages, notamment sur les lignes ferroviaires. Il y travailla pendant un an et demi. En 1944, son groupe fut dénoncé. Le Ier avril, lors d’un transfert d’armes, il fut arrêté à Bruxelles à proximité du Tir national, là où, un peu moins de trente ans auparavant, fut exécutée Edith Cavell ! Il avait vingt ans. Première étape : la gestapo située au 453 de l’avenue Louise (en janvier 1943, ce bâtiment fut l’objet d’un acte de bravoure : une attaque aérienne en solitaire, au départ de l’Angleterre, du capitaine baron Jean-Michel de Selys Longchamps aux commandes de son monoplace et bombardier Typhoon). Seconde étape : la prison de Saint-Gilles, le passage obligé d’un grand nombre de résistants. Vinrent ensuite les internements, d’abord dans le camp de concentration de Breendonk puis, au mois de mai, dans celui de Buchenwald. Ce fut un miracle qu’il survécut aux tortures et atrocités qui s’y commettaient. A Breendonk, plusieurs de ses camarades furent fusillés ou pendus sous ses yeux. Au mois de septembre à Buchenwald onze résistants belges furent pendus au cours d’une même nuit. Parmi eux, l’ingénieur Jean Burgers, le fondateur et organisateur du groupe G spécialisé dans les opérations de sabotage en préparation au débarquement. Il avait vingt-sept ans (à Uccle, une avenue à son nom honore sa mémoire). Un incendie providentiel survenu dans le camp fit disparaître le dossier d’André Wynen, ce qui lui laissa la vie sauve. Mais un mois après la libération du camp, qui eut lieu le 11 avril 1945, on lui découvrait une tuberculose pulmonaire. Il passera deux ans dans un sanatorium. Il n’en reprit pas moins ses études… et devint chirurgien. Comme il aimait à le dire: «J’ai appris à survivre avant de vivre!»

Le corps médical belge doit beaucoup à l’homme d’action.
En 1963, il fut le premier président des Chambres syndicales (elles réunissaient les chambres de Liège, du Hainaut, du Brabant wallon et de Bruxelles).
En 1964, il réussit à mobiliser le corps médical belge contre la législation Leburton et à imposer au gouvernement le respect des «trois principes essentiels sans lesquels la médecine ne mérite plus son nom: la liberté pour le malade de choisir son médecin; la liberté pour le médecin de choisir les moyens de diagnostic et de traitement; le respect du secret professionnel qui ne peut être partagé que dans l’intérêt du malade.»

Nombre de médecins devraient se souvenir avec reconnaissance de l’homme qui a fondé l’Hôpital de Braine-l’Alleud en 1954, qui sauva l’Institut médical Edith Cavell de la fermeture en 1983, et dont la clairvoyance permit au CHIREC de ne pas disparaître irrémédiablement en 2001.

N’oublions pas l’homme qui mettait le courage au-dessus de tout: «Le courageux inintelligent va d’habitude plus loin que l’intelligent quand il est lâche.»(1)
Docteur Wynen
Merci Dr Wynen,

Dr Dimitri P. Dourdine Mak, pédiatre

(1) Dr André Wynen, Alléluia, 1999

Livre à lire: «Où allez-vous Dr Wynen?» Le patron des médecins belges répond à Omer Marchal.
Collection Grands documents Didier Hatier, 1989.

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